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Cruel Palace

Mercredi c’est histoire.

Et si je préparais un article sur la situation géopolitique coréenne, je n’ai pas pu résister à la floraison des sageuks (k-drama historique) sur la télé coréenne. Et que- dis-je, c’est même une invasion. Et bon sang, ça fait du bien. Entre Jang Ok Jeong Live for Love (장옥정 사랑에 살다), Gu Family Book (구가의 서), Heaven’s Order (천명) il y en a pour tous les goûts.

De mon côté, j’ai jeté mon dévolu sur Cruel Palace, War of the Flowers (궁중잔혹사 – 꽃들의 전쟁 – romanisation : GoongJoongJanHokSa – GgotDeulUi JeonJaeng) qui est diffusé sur le câble. Et qui va me permettre de reprendre le fil de l’Histoire après GwangHaeGun (광해군). Attention c’est un article long.

poster

Synopsis :

Jo Yam-Jun (조얌전) déteste son destin d’être née fille de concubine et n’ayant pas le droit d’appeler son père un père. Elle rêve de prendre sa revanche sur toutes les personnes qui l’ont humiliée. Et cette chance va se présenter lorsqu’elle est propulsée à la cour, et qu’elle s’empare du cœur du vieux roi Injo (인조). Ce dernier aussi rêve de se laver de l’humiliation qu’il a vécue en s’inclinant devant les Mandchous tout en tentant de voir clair dans les jeux de ses ministres plus sournois les uns que les autres.

Oui j’ai beaucoup simplifié le synopsis. Mais parce que j’y arrive. Le contexte historique est complexe et a beaucoup d’importance pour bien comprendre tous les enjeux de chacun.

Mais revenons quelques années en arrière. Voire beaucoup d’années en arrière.

Nous sommes sous le règne du roi SeonJo (선조), et en 1592, les japonais envahissent la Corée. Appelée ImJinWaeLan (임진왜란), cette guerre qui dura 7 ans eut de terribles conséquences sur l’économie du pays. Mais aussi des chinois Ming. Car rappelons que le Joseon était presque un pays vassal des Ming, et leur vouait un respect, une admiration et une allégeance des plus complets. Et lorsque les japonais ont pour ambition d’envahir la terre des Ming et demande au Joseon de « les laisser passer », les coréens les en empêcheront en faisant la guerre sur leur terre. Les Ming répondent quand même à l’appel de SeonJo et viennent aider Joseon (qui les aide à ne pas être envahi – vous suivez ?). Au passage, c’est pendant cette guerre qu’a brillé le général Yi Sun-Shin (이순신), l’une des plus grandes figures militaires coréennes, à l’origine du bateau-tortue (GueoBookSeon – 거북선) considéré comme une des plus brillantes inventions du combat naval.

Pendant le ImJinWaeLan, la popularité de SeonJo, qui a fui la capitale pour la ville de UiJoo (의주), se préparant à tout moment à traverser la frontière pour se réfugier chez les Ming, est au plus mal. Et à l’inverse, celle de son fils GwangHaeGun, qui sillonne le pays pour rassurer le peuple est en forte hausse. Et c’est l’un des éléments déclencheurs qui l’aideront à accéder au trône, malgré son statut de fils de concubine.

Map

Carte simplifiée avant la guerre du ImJinWaeLan

A ce moment, il existe trois grandes factions politiques, qu’on désignait à l’origine par l’emplacement de leur maison dans Seoul : l’Ouest et l’Est, lui-même divisé en Nord et Sud.

Les gens de l’ouest sont ultra conservateurs. Ils sont du genre super traditionnels, accordent beaucoup d’importance aux statuts et à la hiérarchisation des gens dans les castes, et vouent une loyauté sans fin aux Ming.

Les gens de l’est qui comptent à la base les jeunes, sont plus ouverts à la réforme, et se divisent à son tour en deux : les extrémistes au nord, et les modérés au sud.

Les extrémistes du nord qui ont les idées les plus révolutionnaires par rapport à la traditionnelle doctrine néo-confucianiste coréenne sont ceux qui soutiennent GwangHaeGun et le mettent sur le trône en profitant de sa popularité.

partis

Schéma simplifié des partis politiques à la fin du 16ème siècle

Sauf que. Il y a un peuple de marchands nomades que les Ming et le Joseon appelle communément les barbares, correspondant aux tribus Jurchen (futur mandchous), qui a profité du ImJinWaeLan et qui s’est considérablement enrichi et militairement musclé pendant que les puissants Ming, le Joseon et le Japon se tapaient sur la g… se faisaient la guerre. Bref, dès que les japonais sont renvoyés chez eux, les Jurchen s’en prennent aux Ming qui sont affaiblis. Et évidemment, les Ming demandent le soutien des soldats coréens au roi GwangHaeGun.

Brillant stratège, ce dernier a conscience de l’influence que prennent les barbares et garde une position ambiguë qui évite au Joseon de participer à une nouvelle guerre. La faction de l’ouest fulmine : comment ne pas venir en aide aux Ming qui sont presque nos pères, alors qu’ils sont attaqués par d’horribles barbares ?

C’est là que ça se corse pour GwangHaeGun. Parce que les gens de l’ouest et les gens du sud s’allient pour renverser le roi et reprendre le pouvoir sur la faction du Nord. Le prétexte : le roi a fait exécuter son demi-frère et destituer sa (belle-)mère. Et comme de toute façon, le roi n’est qu’une poupée qu’on assoit sur un trône, un de perdu dix de retrouvés. Et effectivement, ils trouvent un neveu pour le remplacer. C’est le futur roi Injo.

Nous sommes en 1623, et Injo est maintenant roi. Et la faction du nord a disparu, ou presque, de la cour, qui est sous les mains majoritairement de la faction de l’ouest et dans une moindre mesure de celle du sud. Tout de suite, Joseon redevient pro-Ming, et se tiennent prêts pour les soutenir contre Hong Taiji et ses barbares.

Mais en 1624, Yi Gwal, l’une des principales têtes de faction qui a mis Injo sur le trône, se rebelle contre le roi car il estime qu’il n’a pas été suffisamment remercié. La rébellion est maîtrisée, mais à quel prix ! L’économie est à nouveau au plus mal et le pays ravagé. Et cerise sur le gâteau, quelques survivants de la rébellion qui soutenaient Yi Gwal vont convaincre Hong Taiji d’envahir le Joseon pour venger GwangHaeGun qui, au moins d’apparence, était leur allié. C’est la première invasion manchoue.

Mais cette première bataille se règle vite car la priorité pour Hong Taiji est de défendre les terres mandchoues. Les conditions de la paix sont assez anodines, et les barbares se retirent sous condition que les deux pays restent frères.

Cela n’empêche pas Joseon de continuer à défier les barbares qui répondent maintenant au nom de Qing. Le clan de Kim Sang Heon (김상헌), ou le CheokHwaPa (척화파) souhaite faire la guerre aux Qing, alors que Choi Myung Kil (최명길) à la tête du JooHwaPa (주화파) préfère la soumission. Mais quand des ambassadeurs Qing sont mal accueillis à Joseon c’est la goutte qui fait déborder le vase. Hong Taiji envahit à nouveau le pays et c’est le ByungJaHoRan (병자호란), à traduire par le soulèvement (Ran) des barbares (Ho), l’année ByungJa (équivalent à 1636). Et il fonce directement vers la capitale, empêchant au roi de se réfugier sur l’île de GangHwa (강화도), à l’ouest de Seoul. Il va donc à la forteresse du mont NamHan (남한산성), très vite assiégée par les Qing. Ces derniers coupent toutes les possibilités de ravitaillement et rapidement, Injo se rend.

Choi Myung Kil, Kim Sang Heon et le premier ministre Kim Ryu

Choi Myung Kil, Kim Sang Heon et le premier ministre Kim Ryu

C’est à ce moment que démarre le k-drama Cruel Palace. Avec l’humiliant traité de SamJeonDo (삼전도). En plein hiver, Injo est traîné pieds nus jusqu’à SamJeonDo (삼전도) qui se situe dans le quartier de JamShil (잠실) aujourd’hui, où Hong Taiji a fait construire un trône gigantesque. Injo est mis à genoux et contraint de saluer Hong Taiji, en se cognant le front au sol 9 fois. Cet épisode restera dans les mémoires comme l’humiliation de SamJeonDo.

Le trône dressé à Samjeonso

Le trône dressé à Samjeonso

Joseon devient tributaire des Qing. Le prince héritier et son frère sont emmenés en otage, en plus de plusieurs dizaines de milliers de prisonniers coréens. Les femmes qui ont le malheur de revenir sur les terres du Joseon sont dilapidées pour être souillées par les barbares, on les appelle des HwanHyangNyeo (환향녀) qui veut dire les femmes qui rentrent sur leur terre natale.

[attention, je raconte des épisodes historiques mais qui peuvent spoiler la suite du drama]

Injo est terriblement affaibli par la suite, comme son pays. Les rumeurs comme quoi le prince héritier SoHyeon (소현세자) se porte trop bien chez les Qing vont bon train. Et lorsqu’il rentre en 1644 au pays, il a tout un tas de nouvelles idées influencées par ses multiples rencontres avec les Qing mais aussi des occidentaux. Notamment son intérêt pour le christianisme dérange. Et l’entourage du roi, notamment le militaire Kim Ja Jeom dont l’influence est énorme, et la concubine royale Jo (Yam-Jun dans le drama) qui a toute sa faveur, enveniment la relation entre le père et le fils. SoHyeon devient un traître qui soutient les barbares qui ont humilié le Joseon, et la légende raconte qu’Injo l’aurait fait empoisonner. D’ailleurs, SoHyeon ne bénéficiera même pas de funérailles dignes de ce nom, et Injo ne visitera pas une fois sa tombe. La femme du prince, en cherchant à percer le mystère entourant la mort de son mari, sera exilée. Pour les amateurs de k-drama, c’est dans cette période que se déroule Chuno : le personnage de Oh Ji Ho, fidèle au prince SoHyeon cherche à protéger son fils et à le faire succéder au trône.

Un mot sur la concubine royale Jo, héroïne du k-drama qui nous intéresse aujourd’hui. En réalité c’est sans doute un concours de circonstances qui a rapproché cette femme de Kim Ja Jeom. Ce dernier faisait partie des principaux protagonistes du coup d’état envers le roi GwangHae, et vengeance ou pas après son retour d’exil, il était surtout assoiffé de pouvoir. Quand à Lady Jo, de prénom Yam-Jeon c’est effectivement la fille d’une concubine et d’un général de province. Elle entre au palais avec un statut de SookWon (le titre le plus bas pour une concubine royale) bien avant  l’invasion mandchoue sans doute aux alentours de 1630. En réalité, son statut n’aurait jamais du lui permettre d’accéder à cette position. Et selon certains historiens, la seule explication possible est qu’elle avait été recrutée par la reine Inyeol, qui avait besoin d’une jeune fille qu’elle pouvait contrôler. Malheureusement, Inyeol décédera un peu plus tard. Yam-Jeon devient la concubine préférée de Injo dès 1636, et ce jusqu’à la mort du roi, où elle a le statut de Gwi-In, le second titre juste le plus haut pour une concubine royale. Elle est connue pour être terriblement médisante envers les autres femmes de la cour auprès du roi, et est crainte y compris par la reine et la femme du prince Sohyeon.

Lady Jo

Lady Jo

Vers 1640, Kim Ja Jeom et la concubine s’allieront publiquement lorsque le petit-fils du premier épousera la fille de la seconde. L’influence du duo sur le roi devient alors énorme. Et leur responsabilité quant à la disgrâce et la mort du prince héritier Sohyeon, du départ en exil de sa femme, et la destruction de son clan est loin d’être négligeable.

C’est Hyojong, le second fils de Injo qui devient roi à la place du prince Sohyeon, qui mettra fin à leur règne, sous l’influence de ses ministres. La raison officielle est le crime d’avoir maudit la nièce de la reine d’Injo. Mais ce n’est qu’un prétexte pour les retirer de la cour. Dans un dernier élan de bonté, HyoJong en souvenir de son père Injo qui aimait tant la concubine Jo, lui accordera les funérailles dignes d’une Gwibin, le dernier titre qu’elle port avant d’être destituée puis exécutée. Kim Ja Jeom quand à lui, finira sa vie en exil.

Pour finir sur la relation Joseon / Qing, Hyojong, à la différence de Sohyeon, lui a très mal vécu sa vie en tant qu’otage chez les Qing, et avant même de rentrer au pays, il rêve déjà d’une vengeance. Dès qu’il devient roi en 1649, après d’être débarrassé des trop influents Kim Ja Jeom et de la concubine Jo, il prépare ses armées avec le soutien de la faction ouest, en vue d’un affrontement futur contre les Qing, qui a complètement annexé les Ming et est à la tête d’un énorme empire.. Mais il mourra finalement à 41 ans, sans avoir pu accomplir son rêve de revanche, qui sera vite oublié par les politiques.

Car après sa mort, entre ses  successeurs HyeonJong et Sukjong, les factions vont se succéder, tout particulièrement sous le règne de ce dernier, puisque deux femmes seront au cœur de terribles affrontements politiques : la reine InHyun (인현왕후) et Jang Hui Bin (장희빈). Mais ça c’est dans un prochain article…

Je vous invite à lire les excellents articles de The Vault très détaillés sur les faits historiques également (en anglais)

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3 commentaires sur “Cruel Palace

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Cette entrée a été publiée le 17/04/2013 par dans K-Drama, K-History, et est taguée , , , , , , .

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