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Pourquoi j’ai aimé Reply 1994

« Reply 1994 » a tiré sa révérence la semaine dernière, après avoir été le plus gros buzz de la fin d’année 2013. Il se lançait un défi de taille : faire suite à « Reply 1997« , qui, par sa fraîcheur, avait été la plus belle surprise de l’année précédente.

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Et entre nous « Reply 1994 » avait tout pour ne pas me plaire.

D’abord, on nous sert la même histoire. Voire très exactement la même histoire. Le premier amour entre deux amis d’enfance, et dont l’issue va être la trame principale.

Ensuite, on passe d’une série de 9h à… 31h…!! Autant dire beaucoup beaucoup plus long, ce qui ralentit terriblement l’histoire… qui encore une fois, est une histoire qu’on connaît déjà.

Sans parler de mes doutes, sur le fait que jamais la magie n’opérerait une seconde fois. Pire encore. Je n’avais pas envie que la magie opère une seconde fois. Je voulais rester sur l’impression finale que m’avait laissée « Reply 1997« , ce doux parfum de nostalgie qui serait restée ma madeleine de Proust pour le reste de ma vie.

Et franchement, plus d’une fois j’ai été agacée, j’ai eu envie d’arrêter, de sauter un épisode tellement c’était lent, et globalement le visionnage était laborieux… Pendant presque trois mois, j’ai vécu la pire dissonance cognitive de ma vie. Tout me disait d’arrêter. Mais j’étais là, les yeux rivés sur mon écran, incapable de rater une minute de la série.

Ce qui est incroyable, c’est qu’une fois la série terminée, j’étais là, le sourire béat. Mon dernier mot, c’est que finalement, j’ai aimé « Reply 1994 ».

La première raison, c’est que les personnages sont terriblement attachants. A l’exception peut être de Chil Bong (je n’ai jamais compris pourquoi la presse coréenne s’enflammait sur celui que j’ai trouvé terriblement mou et ennuyeux), j’ai aimé chaque personnage, pour pleins de raisons différentes. Les acteurs sont globalement très bons, contribuant à l’affection qu’on porte aux protagonistes.

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Ensuite, « Reply 1994 » a fait quelque chose qui manquait dans la version 97. C’est d’en avoir fait un drama pour tous. « Reply 1997 » était un drama simple, dont l’histoire touchait les jeunes générations, et dont le contexte touchait les trentenaires. Au delà, la série pouvait paraître quelque peu enfantine. La version 94, réussit, tout en gardant une histoire qui touche les plus jeunes et un contexte pour les un peu plus âgés, à donner plus d’ampleur aux parents de l’héroïne et donc à toucher une nouvelle tranche d’âge.

A vrai dire, la scène la plus touchante et la plus marquante pour moi, reste cette scène où la mère de Na-Jung, persuadée d’être ménopausée, explique à son mari qu’elle vient de recevoir son arrêt de mort en tant que femme. S’ensuit l’une des plus belles déclarations d’amour de l’histoire télévisuelle coréenne, le tout sur la musique de Kim Kwang Seok qui chante l’histoire d’un vieux couple de soixantenaires .

Dong-Il : En vieillissant, la peau se ride, on voit de moins en moins bien et la mémoire nous jour des tours. C’est normal. Le temps qui passe, rien ne peut l’arrêter. On dit juste « d’accord » et on vit comme ça. Il-Hwa : Moi… j’ai reçu une sentence de mort. Dieu me dit d’arrêter de vivre en tant que femme. Maintenant, tu ne va rester avec moi que par loyauté. Ça va aller ?  Dong-Il : Pff. Est-ce qu’il y a, ne serait-ce qu’un seul couple de notre âge en Corée qui ne reste pas par loyauté uniquement ? C’est bon, ne t’inquiètes pas, ce n’est que la déroulement normal des choses. Il-Hwa : Quand même. J’ai toujours pensé que la ménopause, c’était un truc qui arrivait aux autres. Je ne pensais pas que ça m’arriverait. Il faut que trouves un moyen d’arrêter ça. Dong-Il : C’est comme si tu me demandais de te rendre ta jeunesse. Je ne peux pas. Et d’ailleurs, si t’étais plus jeune, qu’est ce que tu vas faire ? Tu vas finalement retraverser tant de moments difficile qui vont te briser le coeur. Moi, tous les matins, quand je me réveille, je suis impressionné. Toi et moi, on a connu tous les problèmes du monde et pourtant, on ne s’est pas séparé. Sous le même toit, sous la même couette, on a tenu ensemble jusqu’à maintenant. Merci pour tout ce que tu as fait. Et maintenant, plutôt que d’essayer de se débattre, vivons comme le ciel nous laisse vivre. Tout en étant loyal l’un envers l’autre.

Dong-Il : En vieillissant, la peau se ride, on voit de moins en moins bien et la mémoire nous jour des tours. C’est normal. Le temps qui passe, rien ne peut l’arrêter. On dit juste « d’accord » et on vit comme ça.
Il-Hwa : Moi… j’ai reçu une sentence de mort. Dieu me dit d’arrêter de vivre en tant que femme. Maintenant, tu ne va rester avec moi que par loyauté. Ça va aller ?
Dong-Il : Pff. Est-ce qu’il y a, ne serait-ce qu’un seul couple de notre âge en Corée qui ne reste pas par loyauté uniquement ? C’est bon, ne t’inquiètes pas, ce n’est que la déroulement normal des choses.
Il-Hwa : Quand même. J’ai toujours pensé que la ménopause, c’était un truc qui arrivait aux autres. Je ne pensais pas que ça m’arriverait. Il faut que trouves un moyen d’arrêter ça.
Dong-Il : C’est comme si tu me demandais de te rendre ta jeunesse. Je ne peux pas. Et d’ailleurs, si t’étais plus jeune, qu’est ce que tu vas faire ? Tu vas finalement retraverser tant de moments difficiles qui vont te briser le coeur. Moi, tous les matins, quand je me réveille, je suis impressionné. Toi et moi, on a connu tous les problèmes du monde et pourtant, on ne s’est pas séparé. Sous le même toit, sous la même couette, on a tenu ensemble jusqu’à maintenant. Merci pour tout ce que tu as fait. Et maintenant, plutôt que d’essayer de nous débattre, vivons comme le ciel nous laisse vivre. Tout en étant loyal l’un envers l’autre.

Enfin, là où l’équipe est très forte, c’est qu’elle refait le même tour de force de nous transposer dans une autre époque. Avec un souci du détail hors du commun, on est une nouvelle fois transporté 20 ans plus tôt, et c’est magistralement bien réussi. Et c’est ce point qui fait que malgré tous ses défauts, j’ai aimé cette série. Et que les coréens ont aimé cette série. Et que probablement, les non-coréens, passés à côté, ont été déçus.

La reconstitution est évidemment exceptionnelle. Le moindre objet, du meuble jusqu’aux BDs, en passant par les cassettes audio, les séries à la télévision, l’électroménager, les vêtements et bien sûr la bande son, tout est d’époque. Au point que tout coréen prend plaisir à fouiller chaque scène et se dire « mais moi aussi j’avais ce …. » (remplacer les « … » par n’importe quoi). Avoir réussi à reconstituer minutieusement cette maison des années 90 est à lui seul une prouesse incroyable.

Les objets sont une chose, mais la reconstitution des mentalités de l’époque est aussi une prouesse scénaristique. Le complexe d’infériorité des gens n’habitant pas à Séoul vs le seoulien super hautain est palpable tout au long de la série par exemple. J’aime aussi cette relation parent/enfant qui semble très old school aujourd’hui mais qui était très réelle dans les années 90, surtout en province, retranscrite via les personnages de BingGeuRae et SamCheonPo. Cette période où les parents sacrifiaient tout pour offrir une éducation à Seoul à leurs enfants, et cela leur permettait de faire les fiers dans le village. En retour, les enfants faisaient à leur tour des sacrifices, quitte à ce que ce soit contraire à leurs véritables envies.

Le regard de la mère de BingGeuRae dans cette scène est incroyable. Tous ses espoirs sont placés en son fils aîné, tiraillé entre trouver sa propre voie et respecter la volonté de ses parents.

Le regard de la mère de BingGeuRae dans cette scène est incroyable. Tous ses espoirs sont placés en son fils aîné, tiraillé entre trouver sa propre voie et respecter la volonté de ses parents.

Enfin, j’aime que la série s’appuie sur les faits d’époque pour toujours contextualiser. Aussi bien en rappelant qui était en tête des charts à l’époque qu’en montrant des images réelles de faits marquants. Comme SeaTaeJi qui avait été au coeur d’une polémique sur leurs chansons soit-disant sataniques. Comme la mort de Kim Il-Sung, où les familles avaient eu peur l’espace d’un instant et avaient fait des provisions. Comme l’effondrement du grand magasin SamPoong, nouveau temple du luxe qui s’est écroulé au bout de seulement 5 ans de services.

La mort de Kil Il Sung, l'effondrement de SamPoong Department Store, et la crise asiatique

La mort de Kil Il Sung, l’effondrement de SamPoong Department Store, et la crise asiatique

Et bien sûr la crise de 97. Avec cette scène incroyable annonçant l’aide du FMI et la voix de Na-Jung en voix-off. « De l’éclatante génération X, nous étions devenus, du jour au lendemain, la génération maudite ». Cette phrase résonne encore plus forts auprès de ceux qui, comme les héros, cherchaient un emploi en 97 et s’étaient sentis perdus du jour au lendemain, et qui sont aujourd’hui ceux qui ont redressé le pays et fait la Corée de 2013. 

"Le 21 Novembre 1997, […] le pays avait fait faillite. Dans la nuit, la Corée du Sud était passée de dragon asiatique à ver de terre. Et nous, de l’éclatante génération X, nous étions devenus la génération maudite."

« Le 21 Novembre 1997, […] le pays avait fait faillite. Dans la nuit, la Corée du Sud était passée de dragon asiatique à ver de terre. Et nous, de l’éclatante génération X, nous étions devenus la génération maudite. »

Dernier point qui m’a transporté, c’est évidemment la bande son. Si l’OST officielle est fait de très chouettes reprises de vieilles chansons (SeoTaeJi, Echo, The Blue, Bank), le fond sonore contribue très largement à nous plonger dans le passé. Et c’est un pur bonheur de réécouter ces chansons qui ont 20 ans (aïe…). Une courte playlist venant de l’époque où le Hallyu n’existait pas…

En conclusion, la trame principale n’est qu’un prétexte pour nous faire à nouveau voyager dans le temps, nous rappeler qu’on a déjà vécu un paquet de trucs et nous montrer que finalement, on s’en sort pas si mal. La série fait aussi effet de cure de jouvence, nous ramenant à nos 20 ans.

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Un commentaire sur “Pourquoi j’ai aimé Reply 1994

  1. Pingback: 2013, l’année des chaînes du câble | K-CULT

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Cette entrée a été publiée le 03/01/2014 par dans K-Drama, et est taguée .

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