K-CULT

Korean Culture to understand Korean Cult

104.

104.

 

Cela fait 104 jours que j’ai posé mes valises à Séoul, Corée du Sud.

Et ce matin, il faisait -7°C. En ressenti-15°C. Moins quinze degrés. Le premier qui me dit « en France aussi il fait froid » il sort. -15 degrés un 2 décembre. J’ai gagné (ou perdu). FULL STOP.

Et le froid m’a quelque peu réveillée : Ah mais c’est vrai que j’ai un blog. Ha. Ha. Ha. ha. ha……

Disons plutôt qu’avec le froid est venue l’envie d’hiberner, et avec cette dernière celle d’écrire. Voilà. Vous savez tout.

 

Chronique de mes 100(+4) jours (qui ont paru des années) de (presque) solitude. (R.I.P. GGM)

 

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Quand on y pense 104 jours, c’est rien. 3 mois. Un petit trimestre. La fréquence à laquelle on recevait nos bulletins scolaires à l’école. Et je sais pas vous, mais j’avais l’impression que c’était beaucoup trop souvent.

 

Mais quand on s’installe dans un nouveau pays, en 3 mois, beaucoup de choses changent.

Pour preuve. A force de switcher de langue 50 fois par jour entre le français, l’anglais et le coréen, je ne parle plus aucune des langues correctement. Déjà qu’en France je faisais des mélanges honteux, cela s’est empiré ici. D’ailleurs dans la même veine, moi qui maudissais les claviers qwerty, j’ai passé 3 heures à écrire les quelques lignes du dessus avec un clavier azerty (il faut dire aussi que c’est uniquement de mémoire, pour essayer un minimum de respecter les accents).

Mais d’autres choses ont changé.

J’ai passé les premiers jours à rentrer toute cassée, à force de me prendre les portes et les coups d’épaules dans les foules… et puis maintenant je me surprends à ne pas tenir les portes et à bousculer pour passer.

Je trouvais que tout allait trop vite. A peine je m’asseyais que la serveuse m’apportait les banchan, le menu en me demandant ce que je voulais manger : « OOOOOOH laisse-moi respirer 2 secondes là OOH !!!!! » Maintenant j’envisage sérieusement de quitter le restaurant si on ne m’a apporté la carte dans les 30 secondes.

J’étais scandalisée par le prix du café chez Starbucks/Coffee Bean/Caffe Bene/Paris Baguette/Drip & Dutch/Mango Six/ou-encore-je-ne-sais-quelle-chaîne-au-nom-soit-disant-occidental-mais-qui-est-en-fait-un-pur-produit-coréen, aussi cher qu’un repas. Si j’avais su que j’allais me pointer tous les matins avec mon gobelet en carton au bureau, j’aurais bien fermé ma g*****.

 

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Boutique dans les galeries souterraines de Gangnam

 

Plus drôle encore. Je faisais des fausses crises de panique en me demandant où j’allais pouvoir remplir ma garde-robe de fausse greluche parce que « ça, ça et ça c’est dégueulasse – non mais attends sérieusement c’est quoi ce truc – non mais au secours qui s’habille comme ça sans dé***ner ». En 3 mois… on les envisage. Si si. Et je m’en étonne moi-même. Il en va de même pour toutes les horreurs que les coréens se mettent sur le dos pour combattre le froid. Les doudounes qui descendent jusqu’aux chevilles. Les Canada Goose que je trouvais ridicule à Paris. Les UGG. 2 jours que la température reste négative. J’envisage tout. TOUT. D’ailleurs, ce soir je vais peut-être m’arrêter acheter cette fausse fourrure rose… (C’est une blague. Je précise au cas où. Mais ce ne le sera peut-être pas dans quelques mois. Who knows….)

Tant que j’y suis, parlons aussi de mon addiction à la télé coréenne. A Paris, je ne ratais pas un épisode des émissions coréennes qui me plaisaient, j’enchaînais les séries et écoutais exclusivement de la k-pop, et regardais même les JT coréens plutôt que les français… Evidemment, tout a changé. Je suis blasée de la télé (qui reste allumée malgré tout – restons sérieux), je n’ai pas démarré une seule série depuis que je suis ici, j’ai téléchargé pour la première fois Spotify sur mon smartphone et je n’ai jamais autant visité les sites des quotidiens français. C’est assez étrange en vrai, parce que j’ai déjà vécu à l’étranger en étant étudiante (c’était l’ère pré-smartphone me direz-vous) mais j’ai trouvé le phénomène particulièrement exacerbé ici.

Ce qui est stupéfiant c’est de voir à quel point 3 petits mois suffisent pour s’adapter et se créer son petit univers avec ses petites habitudes, comme si on avait toujours vécu été là. La mammifère humain semble en cela prodigieux tellement il s’adapte rapidement, se trouve ses petites adresses, ses quartiers de prédilection (en ce qui me concerne, en tant que bonne flemmarde, 1km à la ronde autour de chez moi), dans un environnement totalement nouveau… en bref, de se créer un petit habitacle dans lequel survivre.

 

Mais d’un autre côté. 3 mois c’est effectivement très peu. Rien.

Surtout quand je pense que j’ai mis quasiment deux mois à m’installer (Worst. Time. Ever). Et qu’on est venu me rendre visite. Que je suis partie presque un mois en formation.

Et cela me donne encore l’impression de ne pas être vraiment installée ici. J’ai à vrai dire encore l’impression que je vais repartir le mois prochain.

Il y a encore pleins de petits détails qui me semble complètement extra terrestres et que je regarde encore un peu effarée.

L’obsession des coréens à être en couple par exemple. Je suis encore fascinée quand j’entends les conversations des coréens qui tournent exclusivement autour de leurs vies sentimentales. Femmes et hommes. Et c’est probablement lié, mais j’ai encore beaucoup beaucoup de mal avec leur obsession pour leur apparence. Je ne parle même pas des opérations chirurgicales. Mais une boutique sur deux est une boutique de cosmétiques, ou un dermatologue, ou un coiffeur, ou un nail artist…  Dans les toilettes pour femme, il y a plus de glaces pour se repoudrer le nez que d’éviers pour se laver les mains (et les femmes se bousculent aux premières alors que les seconds restent douteusement vides). Le plus effarant a été de voir au bureau, des coréennes avoir carrément un miroir à côté de leur ordinateur. Autant vous dire que je passe pour une pouilleuse et par la même occasion détruis tous les fantasmes des coréens sur les parisiennes.

Selfie Craze

 

En parlant d’obsession, leur addiction au téléphone portable est ahurissante. J’ai vu un couple assis au café, chacun avec son smartphone et ses écouteurs. Le garçon jouait à un jeu vidéo, et la fille discutait avec ses copines sur kakaotalk (service de messaging très populaire en Corée) en écoutant de la musique. Et c’est une image absolument complètement banale ici. Et ne parlons même pas des selfies – appelés SelCa (pour Self Camera) et des photos de nourriture. Deux concepts très très populaire depuis le début des années 2000 en Corée ayant largement contribué à l’explosion des appareils photo numériques et au succès du réseau social CyWorld bien avant Facebook ou même autres Friendster ou copains d’avant. C’est bien simple. Et ça c’était avant la création du p***** de Selfie Stick (SelCa Bong). Un vrai cauchemar.

Bon j’avoue. Photographier la nourriture, moi aussi je le fais. Tout le temps.

Cheese-Deung-GalBi – Des ribs dans une sauce ultra giga maxi épicée avec du fromage fondu pour l’adoucir

 

Je reste encore également sidérée par la façon dont tout nous pousse à la consommation. D’abord, plus on consomme (jusqu’à un certain plafond), plus on a des déductions d’impôts. En plus c’est littéralement les soldes tous les week-ends. (Chers futurs touristes : refrénez vos envies de shopping et prévoyez une journée shopping le week-end – si vous n’avez pas peur de la foule. Mais en même  il y a toujours foule ici). Enfin, il semble incroyablement facile d’obtenir un prêt à la consommation ici. D’ailleurs, une publicité sur deux à la télévision concerne le prêt à la consommation. Ma théorie étant que globalement ici, les gens vivent dans le rouge (dépendant des fortunes pour leur apparence – voir plus haut) en espérant au moment de la paye passer dans le vert le temps que leur carte à débit différé ne fasse effet.

Dernier point auquel il va bien falloir que je me fasse c’est leur vie en entreprise. Encore une fois, tout est dans l’apparence. La façon dont on est perçu est bien plus importante que qui on est réellement. Les performances importent peu puisqu’elles sont de toute façon bonnes (sinon c’est la porte) et ensuite tout repose sur l’attitude. Arriver tôt et partir tard même même si on a terminé nos tâches et qu’on n’a plus rien à faire. Ecrire les rapports et présentations comme nous le dictent nos supérieurs même si nos convictions sont complètement différentes. Etre extra sensible à la hiérarchie quitte à faire le lèche-bottes… Tout ça pour « faire bien », car ce sont ces éléments qui seront décisifs lors des promotions internes. Je dresse un portrait bien noir alors que je suis plutôt épargnée de ce système très à l’ancienne, étant dans une équipe plutôt internationale. Thank. God.

 

Pour conclure, Paris et la France en tant que telle ne me manque pas encore. Je ne me sens pas encore rassasiée de nourriture coréenne, donc je ne manque de rien, exception faite des vins, champagnes, rhum et autres spiritueux introuvables ici. Malgré le froid, les journées sont ultra ensoleillées et la grisaille parisienne me semble bien loin. Sans mentir, je peux compter sur les doigts d’une main les jours de pluie de ces trois derniers mois. Globalement c’est un pays plus qu’agréable dans lequel vivre. Surtout quand on sait qu’on ne reste pas – même si je ne sais pas combien de temps je resterai.

Après, je ne peux pas nier que 3 mois sont beaucoup top courts pour me recréer une vie sociale. Comprendre bande de copains avec qui sortir. Et je ne peux nier que cela reste encore l’aspect que je redoute le plus.

[ceci est un message personnel] les copains vous me manquez beaucoup !! [fin du message personnel]

 

Rapide escapade à Jeju il y a quelques semaines.

Rapide escapade à Jeju il y a quelques semaines.

 

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4 commentaires sur “104.

  1. Lika
    03/12/2014

    Wahouuuuuuuuu j’ai adoré 🙂 surprenant ton petit billet j’espère que tu n’attendras pas 3 mois pour le prochain!
    Pour info le selfie stick vient d’arriver à paris, on en vend sur le marché de Noël des Champs Elysées (entre les poupées russes et les bonnets péruviens, sisi, véridique!).
    Tu nous manques aussi énormément, prends bien soin de toi!
    Gros bisous
    Lika

  2. CASTETS
    03/12/2014

    Tu nous manques aussi poulette ! On pense à toi 🙂

  3. Arbia
    03/12/2014

    Très bel article! ça me donne envie de visiter la Corée… Bon courage dans ce froid et joyeuses fêtes de décembre par la même occasion!

  4. Florent
    06/12/2014

    Excellent ! J’ai l’impression du coup de comprendre un peu plus de choses ! Le coup du café m’a bien fait marrer, note que l’on fait de le résistance avec des nespresso ici.
    Au niveau du climat, estime toi heureuse, nous c’est la neige non stop depuis 2 jours…
    Ce soir c’était karaoke (désolé je n’ai plus le vrai mot coréen en tête) et bringue avec les collègues, je crois que j’ai encore beaucoup beaucoup de choses à comprendre (surtout sur ce qu’ils pensent de nous a vrai dire !).
    En tout cas, tu es bienvenue à Mokpo si tu veux voir une « petite » ville de province coréenne et son ambiance :). Si ça peut te rassurer, je n’ai encore jamais vu un seul selca bong dans le coin !

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Cette entrée a été publiée le 02/12/2014 par dans K-Life, et est taguée .

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